Podcast Nastassjia Martin - "La glace porte en elle un souvenir et cette mémoire des glaciers est en train de fondre"
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Description
À l’occasion de la Journée mondiale des glaciers, nous recevons l’anthropologue Nastassja Martin. Elle signe un texte ciselé et incisif dans « Les sources de glace » (livre de photographies d’Olivier de Sépibus), un constat accablant sur notre rapport moderne au monde et aux glaciers.
Avec
Nastassja Martin a grandi près de Grenoble, sous le balcon de Belledone. Elle vit dans les Hautes-Alpes, dans le canton de la Grave, donc littéralement sous les glaciers qu'elle voit fondre et se réduire à peau de chagrin. Elle dresse un constat sans détour qualifiant les montagnes et leurs glaciers de "dragons aux ailes brisés qui nous montrent, chaque jour ce que nous avons fait au monde". Son rapport à l'anthropologie est vraiment entremêlé avec sa pratique de l'alpinisme et tout simplement à sa vie en montagne.
Quand elle a 17-18 ans, elle part pour la première fois en Alaska. Elle y fait tout un tas de petits boulots, et ce territoire deviendra son terrain d’études de thèse. Elle est en licence de sociologie à Grenoble, en 2005, quand elle découvre le livre de Philippe Descola Par-delà nature et culture. Elle connaît alors une sorte de fulgurance, de révélation et comprend ce qu'elle veut véritablement faire, de l'anthropologie de la nature. C'est donc un livre qui a changé sa vie. Après l'Alaska, elle a entamé un travail au Kamtchatka, une péninsule à l'extrême est de la Russie, au nord du Japon, un terrain volcanique. Le point commun entre ces deux terrains, ce sont ses habitants qui sont, au quotidien, confrontés à des changements environnementaux, à un univers instable.
La montagne qui change sous l'effet du réchauffement climatique
Nastassja Martin explique que, même si les émissions de gaz à effet de serre s'arrêtaient demain ou si on arrivait à tenir les 1,5 °C de réchauffement, ça ne changerait pas la question du point de vue des climatologues et des glaciologues : "Si on prend le cas des Alpes, en 2100, tous les glaciers des Alpes seront réduits à peau de chagrin ou auront disparu. Et ceux des Pyrénées auront disparu également, avant même les Alpes."
L'invitée nous parle de la montagne : "Imprévisible et dangereuse, instable et incertaine. Cette question de l'incarnation d'une forme de menace était déjà présente il y a bientôt 40 ans. Et aujourd'hui, c'est, je pense, un sentiment qui s'intensifie avec ces montagnes qui s'effondrent sous l'effet de la fonte du permafrostre et ces glaciers qui fondent et qui emmagasinent des poches d'eau deviennent de véritables problèmes pour les villages et voire les villes en amont. On a eu l'année dernière l'exemple flagrant de la possibilité de la catastrophe avec ce qui s'est passé à La Bérarde."
Face au changement climatique, aucun endroit n'est désormais épargné sur la Terre, comme nous l'explique l'invitée : "La question qui est posée par le changement climatique, c'est la question de ces éléments, au sens l'air, le feu, l'eau, la glace, la roche... Ces éléments-là qui sont en train de se lever avec le changement climatique et de devenir complètement hors de contrôle. Cette question a été posée dans le Grand Nord avant d'arriver chez nous, c'est bien ça que j'ai essayé de montrer avec 'Les âmes sauvages'. Aujourd'hui, il n'y a plus d'avant-poste. Les avant-postes, c'est fini. Et il n'y a plus non plus de refuge, puisque, où que vous soyez, cette situation-là viendra vous trouver. Les saumons ne remontent plus les rivières, point. C'est-à-dire que cet effondrement et ce sens commun qui ne fait plus sens, il est en train d'intervenir partout. Par contre, ce qui est différent, c'est la manière, les outils qu'on se donne collectivement pour répondre à ces formes d'effondrement."
Cette crise écologique permet aussi de renouer le dialogue
L’anthropologue spécialiste des populations arctiques a à cœur de montrer qu'il est possible de repluraliser les réponses face aux crises systémiques et à l’incertitude. Pour elle, changer la focale et opérer un décalage ontologique à l’intérieur de nous seraient les premiers pas vers d’autres manières d’être au monde afin d'entrevoir une autre réponse que le technosolutionnisme. L’anthropologue ne cesse de mettre en réflexion sa méthodologie, de trouver d’autres manières de connecter les problématiques dans un monde de fragmentation des territoires, où tout entre en résonance.
Pour Nastassja Martin, il y a de l'espoir : "Il n'y a qu'à voir l'émergence de tant de collectifs militants et citoyens qui, justement, remettent au travail la question de leurs attachements au milieu dans lesquels ils vivent, qui redevient vraiment une question mise en débat et censément devant revivifier la question démocratique. (...) Lorsque vous écoutez les gens qui traversent ces milieux-là au quotidien, les bergers, les éleveurs, les chasseurs, les alpinistes, les naturalistes, qui sont des collectifs pluriels, vous vous rendez compte qu'en fait, il y a une autre manière d'être attaché à un lieu, qui est là, et qui n'a jamais disparu finalement."
Avec
- Nastassja Martin, anthropologue française diplômée de l’EHESS et spécialiste des populations arctiques.
Nastassja Martin a grandi près de Grenoble, sous le balcon de Belledone. Elle vit dans les Hautes-Alpes, dans le canton de la Grave, donc littéralement sous les glaciers qu'elle voit fondre et se réduire à peau de chagrin. Elle dresse un constat sans détour qualifiant les montagnes et leurs glaciers de "dragons aux ailes brisés qui nous montrent, chaque jour ce que nous avons fait au monde". Son rapport à l'anthropologie est vraiment entremêlé avec sa pratique de l'alpinisme et tout simplement à sa vie en montagne.
Quand elle a 17-18 ans, elle part pour la première fois en Alaska. Elle y fait tout un tas de petits boulots, et ce territoire deviendra son terrain d’études de thèse. Elle est en licence de sociologie à Grenoble, en 2005, quand elle découvre le livre de Philippe Descola Par-delà nature et culture. Elle connaît alors une sorte de fulgurance, de révélation et comprend ce qu'elle veut véritablement faire, de l'anthropologie de la nature. C'est donc un livre qui a changé sa vie. Après l'Alaska, elle a entamé un travail au Kamtchatka, une péninsule à l'extrême est de la Russie, au nord du Japon, un terrain volcanique. Le point commun entre ces deux terrains, ce sont ses habitants qui sont, au quotidien, confrontés à des changements environnementaux, à un univers instable.
La montagne qui change sous l'effet du réchauffement climatique
Nastassja Martin explique que, même si les émissions de gaz à effet de serre s'arrêtaient demain ou si on arrivait à tenir les 1,5 °C de réchauffement, ça ne changerait pas la question du point de vue des climatologues et des glaciologues : "Si on prend le cas des Alpes, en 2100, tous les glaciers des Alpes seront réduits à peau de chagrin ou auront disparu. Et ceux des Pyrénées auront disparu également, avant même les Alpes."
L'invitée nous parle de la montagne : "Imprévisible et dangereuse, instable et incertaine. Cette question de l'incarnation d'une forme de menace était déjà présente il y a bientôt 40 ans. Et aujourd'hui, c'est, je pense, un sentiment qui s'intensifie avec ces montagnes qui s'effondrent sous l'effet de la fonte du permafrostre et ces glaciers qui fondent et qui emmagasinent des poches d'eau deviennent de véritables problèmes pour les villages et voire les villes en amont. On a eu l'année dernière l'exemple flagrant de la possibilité de la catastrophe avec ce qui s'est passé à La Bérarde."
Face au changement climatique, aucun endroit n'est désormais épargné sur la Terre, comme nous l'explique l'invitée : "La question qui est posée par le changement climatique, c'est la question de ces éléments, au sens l'air, le feu, l'eau, la glace, la roche... Ces éléments-là qui sont en train de se lever avec le changement climatique et de devenir complètement hors de contrôle. Cette question a été posée dans le Grand Nord avant d'arriver chez nous, c'est bien ça que j'ai essayé de montrer avec 'Les âmes sauvages'. Aujourd'hui, il n'y a plus d'avant-poste. Les avant-postes, c'est fini. Et il n'y a plus non plus de refuge, puisque, où que vous soyez, cette situation-là viendra vous trouver. Les saumons ne remontent plus les rivières, point. C'est-à-dire que cet effondrement et ce sens commun qui ne fait plus sens, il est en train d'intervenir partout. Par contre, ce qui est différent, c'est la manière, les outils qu'on se donne collectivement pour répondre à ces formes d'effondrement."
Cette crise écologique permet aussi de renouer le dialogue
L’anthropologue spécialiste des populations arctiques a à cœur de montrer qu'il est possible de repluraliser les réponses face aux crises systémiques et à l’incertitude. Pour elle, changer la focale et opérer un décalage ontologique à l’intérieur de nous seraient les premiers pas vers d’autres manières d’être au monde afin d'entrevoir une autre réponse que le technosolutionnisme. L’anthropologue ne cesse de mettre en réflexion sa méthodologie, de trouver d’autres manières de connecter les problématiques dans un monde de fragmentation des territoires, où tout entre en résonance.
Pour Nastassja Martin, il y a de l'espoir : "Il n'y a qu'à voir l'émergence de tant de collectifs militants et citoyens qui, justement, remettent au travail la question de leurs attachements au milieu dans lesquels ils vivent, qui redevient vraiment une question mise en débat et censément devant revivifier la question démocratique. (...) Lorsque vous écoutez les gens qui traversent ces milieux-là au quotidien, les bergers, les éleveurs, les chasseurs, les alpinistes, les naturalistes, qui sont des collectifs pluriels, vous vous rendez compte qu'en fait, il y a une autre manière d'être attaché à un lieu, qui est là, et qui n'a jamais disparu finalement."
Points de la charte concernés
- Le climat de soin
- Le soin aux morts / habitabilité