DIU Philo, éthique et design - Promo 2025-2026


Le 14 avril 2026, c'était la soutenance publique du DIU Philosophie, éthique, design et care dans les domaines de la santé et du soin au sein d'un lieu qui ne pouvait pas être choisi par hasard : le musée Carnavalet.

Car le Carnavalet n'était pas seulement le cadre de notre restitution — il a été notre terrain de travail.

Pour cette troisième promotion de ce DIU d'exception porté par le CNAM et CY école de design sous la direction de Cynthia Fleury-Perkins et Antoine Fenoglio, nous étions quatre groupes, quatre explorations nées de quatre enjeux vertigineux :
✦ Reconnaissance et lutte contre les discriminations
✦ Le musée comme espace de soin symbolique pour la démocratie (enjeux institutionnels)
✦ Enjeux relationnels : état de l'art, état du nous
✦ À corps vécus : l'individu et le corps (enjeux sensoriels)

image IMG_20260306_151115.jpg (1.6MB)

Reconnaissance et lutte contre les discriminations


image Screenshot_20260420_at_081654_260312_STIGMATE_final_illustre1.pdf.png (54.5kB)
(Re) Connaître les stigmatisations : de la nécessité de penser et d’organiser la participation de tous les acteurs pour mieux créer du commun dans l’espace public du musée
Introduction

Alors que les maladies mentales représentent la première cause de handicap dans le monde, près de 13 millions de Français présentent un trouble psychique (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2023), dont 3 millions un trouble sévère avec une nette majoration notamment chez les jeunes depuis le COVID. Aujourd’hui, la santé mentale s’inscrit sociétalement comme un enjeu de santé publique et a été déclarée « Grande Cause Nationale 2025 » et se poursuit pour l’année 2026.

Parmi les mesures de prévention étudiées, la lutte contre le manque d’information à propos des troubles psychiques ainsi que les stigmatisations qui peuvent en découler représentent des axes de travail prioritaires (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2023) devant permettre une amélioration des conditions de vie des citoyens concernés ainsi que de leur inclusion sociale afin de rendre possible l’exercice de leurs droits dans le respect de leur dignité (Zayts-Spence O, Edmonds D, Fortune Z., 2023).

Inscrits en tant qu’étudiants dans le cadre du DU « Philosophie, Éthique et Design en Santé », nous avons été amenés à questionner et enrichir notre réflexion sur la nécessité de créer des espaces communs afin d’habiter collectivement le monde dans la prise en compte et le respect de chacun de ses membres. C’est à travers l’appréhension de ce que recouvre le concept de « climat de soin » (Fleury, C., Fenoglio, A., 2022) que nous avons pu étendre nos réflexions au sein du musée Carnavalet/Histoire de Paris, qui ambitionne de participer à cette cause nationale en cherchant, notamment, à lutter contre différentes formes de stigmatisations.

Mémoire : 260312_STIGMATE_final_illustre1.pdf (10.2MB)

Le musée comme espace de soin symbolique pour la démocratie (enjeux institutionnels)


Introduction

Depuis plusieurs décennies, les institutions muséales connaissent une transformation profonde de leurs missions.
Longtemps pensées principalement comme des lieux de conservation et de transmission du patrimoine, elles sont aujourd’hui appelées à devenir des espaces plus ouverts, participatifs et sensibles aux enjeux sociaux contemporains. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de démocratisation culturelle et d’attention croissante portée aux publics, à leurs expériences et à leurs formes de participation. Le musée n’est plus seulement un lieu où l’histoire est conservée et exposée : il devient progressivement un espace où se négocient des rapports entre mémoire, citoyenneté et expérience vécue.
Dans ce contexte, la question de la santé mentale apparaît comme un enjeu émergent pour les institutions culturelles. Les initiatives de prescription culturelle, les dispositifs de médiation sensorielle ou les programmes muséaux destinés à des publics dits vulnérables témoignent d’un intérêt croissant pour le rôle que les arts et la culture peuvent jouer dans le bienêtre individuel et collectif. Ces démarches invitent à repenser les frontières entre les institutions de soin et les institutions culturelles, en explorant les manières dont l’expérience esthétique, la participation culturelle et l’attention portée aux publics peuvent contribuer à soutenir des processus de subjectivation, de lien social et de soin, à la fois individuels et collectifs.
Ce mémoire s’inscrit dans cette perspective en interrogeant la manière dont un musée d’histoire peut devenir un espace d’expérience citoyenne et, potentiellement, un lieu contribuant à la santé mentale démocratique. À partir d’un terrain mené au Musée Carnavalet – Histoire de Paris dans le cadre du projet « Santé mentale et musée », au sein du Diplôme interuniversitaire (DIU) Philosophie, éthique et design dans le domaine de la santé et du soin au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) – volet 2025/2026, notre recherche explore la manière dont certains dispositifs muséaux — sensoriels, participatifs ou performatifs — peuvent transformer l’expérience de visite et ouvrir des espaces d’expression et de relation au sein de l’institution.
Notre hypothèse principale est que le musée peut devenir, au-delà de sa fonction patrimoniale, un espace de soin symbolique pour la démocratie. Par soin symbolique, nous entendons la capacité d’une institution culturelle à favoriser des expériences de reconnaissance, de participation et d’expression susceptibles de contribuer à restaurer ou renforcer le sentiment d’appartenance au commun. Dans cette perspective, la citoyenneté n’est pas envisagée uniquement comme un statut juridique ou un principe abstrait, mais comme une expérience vécue, susceptible d’être éprouvée dans des espaces culturels.
Pour explorer cette hypothèse, ce mémoire se structure en trois parties :
- La première partie analyse le musée comme institution investie par des enjeux politiques et institutionnels. Elle examine le cadre législatif et les transformations contemporaines du modèle muséal, avant d’interroger le musée comme institution symbolique et comme espace de production du commun.
- La deuxième partie s’intéresse à la citoyenneté comme vecteur possible de santé mentale au musée. Elle explore les liens entre éducation populaire, médiation culturelle, pratiques artistiques et éthique du care, afin de penser la manière dont l’expérience muséale peut contribuer à soutenir des processus de subjectivation et de participation démocratique.
- La troisième partie présente le terrain de recherche mené au Musée Carnavalet – Histoire de Paris. Elle analyse l’expérimentation du dispositif du « sac sensoriel » et la proposition performative que nous avons ajoutée — la « déclaration d’amour à la démocratie » — afin d’observer comment l’expérience muséale peut devenir un espace de jeu, d’interaction et de participation citoyenne.

Mémoire :DOSSIER_ETAT_DE_LART_ET_TERRAIN__ENJEUX_INSTITUTIONNELS.pdf (0.9MB)

Enjeux relationnels : état de l'art, état du nous



Introduction

S’enfouir dans le compost de la fragilité pour en prendre soin
Dans un monde où la fragilité et la vulnérabilité se sont imposées comme des modes d’existence inévitables, il devient impératif de développer des interventions qui reconnaissent ces dimensions non seulement comme des défis à surmonter, mais également comme des leviers potentiels de transformation. La charpente des 3P propose une boîte à outils conceptuelle visant à créer ou transformer des dispositifs existants en structures capables de prendre soin de manière systémique, réfléchie et adaptable. Ce modèle repose sur trois composantes interconnectées, qui se déploient en fonction des singularités de chaque situation : le Parlement de soin, le Parcours de soin et la Preuve de soin.
Le Parlement de soin initie le processus en créant un espace de délibération et de dialogue entre tous les acteurs concernés — usagers, professionnels de soin, institutions et communautés, les « parties prenantes".
Ce geste permet de mettre en lumière les préoccupations et priorités collectives, transformant ainsi la vulnérabilité en une activation d’un projet de soin démocratique, co-défini, et partagé.
Dans cette dynamique, le Parcours de soin s’impose comme un design réfléchi : un dessin à dessein, une conception ordonnée des interactions et des moments clés vécus par les usagers, prenant en compte non seulement les dimensions fonctionnelles, mais aussi les dimensions émotionnelles et relationnelles. L’objectif est de favoriser une transformation progressive de l’expérience de soin, en garantissant sa continuité et sa cohérence.
Enfin, la Preuve de soin complète ce processus en introduisant une réflexion continue et une évaluation dynamique, permettant d’ajuster en temps réel les pratiques de soin pour qu’elles répondent de manière optimale aux besoins réels et aux attentes des individus.

Etat de l'art :Etat_de_lart_thorique_Groupe_Enjeux_relationnels_VF_12_mars_2026.pdf (1.0MB)
Expérimentation : Texte_Exprimentation_V._avec_annexes_version_finale_13_mars_2026.pdf (4.1MB)

À corps vécus : l'individu et le corps (enjeux sensoriels)


Introduction

En France, la santé mentale, enjeu public majeur, a été désignée en 2025, puis 2026, grande cause nationale. En effet, les troubles psychiques concernent une part importante de la population, notamment les jeunes adultes, les femmes et les personnes en situation de précarité. Ils constituent, en outre, le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie.
L’Organisation Mondiale de la Santé (2019) souligne que les pratiques artistiques et culturelles peuvent contribuer au bien-être physique, mental et social, en favorisant expression individuelle, participation et cohésion sociale. Elles peuvent également constituer des espaces tiers susceptibles de soutenir les processus de résilience, de relation et de rétablissement. Dans ce contexte, les liens entre culture et santé mentale suscitent un intérêt croissant. Le musée apparaît dès lors comme un terrain fertile. Longtemps envisagé comme un lieu de conservation des objets et de transmission des savoirs, il est aujourd’hui également considéré comme un espace d’expériences centrées autour du corps.
Philosophie, neurosciences, muséologie, entre autres, convergent pour montrer que la perception des oeuvres mobilise simultanément les dimensions sensorielles, émotionnelles et cognitives. Au cours de l’expérience esthétique, le corps constitue le point d’ancrage de l’attention, de l’émotion et de la construction du sens. Parallèlement, les réflexions contemporaines autour de l’inclusion, de l’accessibilité universelle et de l’éthique du Care invitent les institutions culturelles à repenser leurs formes d’accueil et leurs dispositifs de médiation afin de mieux prendre en compte la diversité des expériences vécues par les publics, notamment en situation de vulnérabilité.
Ce travail interroge la manière dont la prise en compte du corps, pour les publics et les professionnels, peut transformer l’expérience muséale et ouvrir de nouvelles perspectives pour l’accueil des vulnérabilités.
Afin d’éclairer ce questionnement, l’état de l’art présenté dans ce mémoire examine successivement les cadres conceptuels permettant de penser la santé et le corps vécu, la place des corps au musée, les liens entre perception, émotions et expérience esthétique, ainsi que les perspectives ouvertes par un musée dans une dynamique du prendre soin .
Dans un second temps, l’analyse d’une expérimentation menée au Musée Carnavalet – Histoire de Paris, associant médiation culturelle et art-thérapie, explore comment un espace de ce musée peut devenir un lieu de pause, d’expression et d’interactions.

Mémoire : 20260314_MEMOIRE_sensoemocogno_V.finale2.pdf (13.7MB)


image IMG_20260306_153327.jpg (2.7MB)



image IMG_20260306_153242.jpg (2.4MB)