La conceptualisation du travail, le visible et l’invisible - Yves Schwartz
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Description
L’Homme et la Société, n° 152-153, avril-septembre 2004
Un congrès d?historiens [1] se proposait récemment comme thème « Le travail et les hommes ». Dans sa justification préalable, il faisait preuve d?une lucidité et d?une prudence salutaires. D?un côté, était affirmé « Le travail comme catégorie culturelle », à partir d?une évidence : « dans toutes les sociétés, quels que soient les lieux ou les temps, les hommes et les femmes travaillent, c?est-à-dire engagent leur corps dans une activité socialement programmée qui vise à produire les moyens matériels de leur existence ». Et en même temps, parce que « tout le monde ne partage pas la même conception du travail », le congrès se proposait d?accueillir « autant de déclinaisons savantes et ordinaires de situations qualifiées de « travail » ».
Le « travail » est à la fois une évidence vivante et une notion qui échappe à toute définition simple et univoque. C?est sans doute dans ce « et » qui unit « le travail » et « les hommes » que gît probablement la source de ce caractère énigmatique, générateur de paradoxes : qu?est-ce qui s?engage ? des hommes ? dans le travail ?
Le propos de cette contribution vise à authentifier cette difficulté et à situer les enjeux non négligeables pour les études historiques, à assumer l'idée que le travail est une réalité énigmatique, qu?une définition claire du travail sera toujours un problème.
Pour être plus précis sur ce « et », rechercher l'« activité de travail » derrière « le travail » permet, à notre sens, de comprendre pourquoi il n?est pas un paramètre du processus historique comme un autre, mais pourrait être à la base même de ce qui « fait histoire » pour les hommes. Et ceci sans reproduire ici des théorisations illustres qui ont fait du travail la matrice même de l'histoire, soit comme succession des divers « moments » du travail du concept (Hegel), soit comme lieu du développement des contradictions entre rapports de production et forces productives (matérialisme historique). Non que ces grands systèmes conceptuels ne soient éminemment formateurs dans notre regard sur le travail et les hommes, mais peut-être leur a-t-il manqué ? pour le premier nettement plus que pour le second ? d?entrer franchement dans le travail par l'activité de travail.
On envisagera d?abord trois impasses significatives illustrant les échecs de la pensée conceptuelle à cerner un objet qui lui est pourtant essentiel. Puis nous nous essaierons à retravailler la notion de travail, en essayant d?expliquer par ses dimensions invisibles les impasses évoquées. Dans un troisième temps, nous nous permettrons imprudemment de suggérer comment cette réappréciation de la notion de travail pourrait éventuellement réinterroger, à partir de quelques points topiques, le travail de l'historien.
Un congrès d?historiens [1] se proposait récemment comme thème « Le travail et les hommes ». Dans sa justification préalable, il faisait preuve d?une lucidité et d?une prudence salutaires. D?un côté, était affirmé « Le travail comme catégorie culturelle », à partir d?une évidence : « dans toutes les sociétés, quels que soient les lieux ou les temps, les hommes et les femmes travaillent, c?est-à-dire engagent leur corps dans une activité socialement programmée qui vise à produire les moyens matériels de leur existence ». Et en même temps, parce que « tout le monde ne partage pas la même conception du travail », le congrès se proposait d?accueillir « autant de déclinaisons savantes et ordinaires de situations qualifiées de « travail » ».
Le « travail » est à la fois une évidence vivante et une notion qui échappe à toute définition simple et univoque. C?est sans doute dans ce « et » qui unit « le travail » et « les hommes » que gît probablement la source de ce caractère énigmatique, générateur de paradoxes : qu?est-ce qui s?engage ? des hommes ? dans le travail ?
Le propos de cette contribution vise à authentifier cette difficulté et à situer les enjeux non négligeables pour les études historiques, à assumer l'idée que le travail est une réalité énigmatique, qu?une définition claire du travail sera toujours un problème.
Pour être plus précis sur ce « et », rechercher l'« activité de travail » derrière « le travail » permet, à notre sens, de comprendre pourquoi il n?est pas un paramètre du processus historique comme un autre, mais pourrait être à la base même de ce qui « fait histoire » pour les hommes. Et ceci sans reproduire ici des théorisations illustres qui ont fait du travail la matrice même de l'histoire, soit comme succession des divers « moments » du travail du concept (Hegel), soit comme lieu du développement des contradictions entre rapports de production et forces productives (matérialisme historique). Non que ces grands systèmes conceptuels ne soient éminemment formateurs dans notre regard sur le travail et les hommes, mais peut-être leur a-t-il manqué ? pour le premier nettement plus que pour le second ? d?entrer franchement dans le travail par l'activité de travail.
On envisagera d?abord trois impasses significatives illustrant les échecs de la pensée conceptuelle à cerner un objet qui lui est pourtant essentiel. Puis nous nous essaierons à retravailler la notion de travail, en essayant d?expliquer par ses dimensions invisibles les impasses évoquées. Dans un troisième temps, nous nous permettrons imprudemment de suggérer comment cette réappréciation de la notion de travail pourrait éventuellement réinterroger, à partir de quelques points topiques, le travail de l'historien.
Auteur
Julie Chabaud (pour la fiche)
Points de la charte concernés
- Le compagnonnage / Faire institution