Chantier 16 : Pratiquer l’art de la furtivité
"La furtivité entendue ici suppose d’agir dans le cadre des devoirs et des libertés publiques et privées, mais en « passant sous les radars ». Ce n’est pas une fuite ni une dérobade mais un principe d’action. Elle s’inscrit dans une éthique de la responsabilité, telle que définie par Hans Jonas : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». L’art de la furtivité est un art martial vivide, doux et fluide pour échapper aux chenilles et traverser le chaos de la chrysalide vers des métamorphoses très-humaines.
Alain Damasio a donné vie aux Furtifs dans son ouvrage de science-fiction du même nom. « Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes. »
Cynthia Fleury, philosophe, et Antoine Fenoglio, designer with care, ont proposé une charte du Verstohlen, furtivité en allemand, posant les fondations d’une technique de furtivité qu’ils expliquent ainsi : « une technique de furtivité, de maintien au monde [qui consolidait] nos pouvoirs d’agir et nos libertés. Il fallait être furtifs pour éviter d’être emprisonnés ou simplement empêchés et toujours volés. Le Verstohlen, c’était d’abord cela : avoir le droit de demeurer par le prendre soin, avoir le droit d’agir et de transformer le monde sans subir la domination et la confiscation incessante de la décision politique, ne pas être en danger, posséder en partage, faire surgir le réel dans les interstices de l’invisible. »"
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